Un voyage de 8 mois à la rencontre des entrepreneurs sociaux et des journalistes qui partagent une même vision d'un monde en changement…

BAYCAT, L’agence de production audiovisuelle solidaire

| 1 Commentaire

L’origine

BAYCAT est une agence de production média hors norme dans le paysage de San Francisco.  Depuis des années, BAYCAT éduque, emploie et aide au développement de jeunes issus de milieux défavorisés de la région à travers les arts médiatiques numériques.

A la tête de ce projet incroyable : Villy Wang, ancienne avocate et cadre en banque d’investissement qui un beau jour a décidé de tout plaquer pour revenir à ses premières passions : l’art et l’aide sociale. Lorsque l’on demande à Villy Wang ce qui l’a amené à diriger BAYCAT, c’est l’image de sa mère qui apparaît aussitôt. Ouvrière dans une usine durant pendant la majeure partie de sa vie, elle a enseigné à sa fille la valeur de l’apprentissage d’un métier et l’importance du travail pour s’intégrer dans la société. L’ambition de Villy Wang : créer un espace où les gens peuvent laisser s’exprimer leur passion à travers leur travail.

Baycat

Donner une voix à tous

« Voitures brûlées », « Emeutes », « Altercations avec des policiers » : lorsque les médias traitent des quartiers défavorisés, c’est plus souvent pour ce genre de nouvelles que pour faire le portrait d’un jeune homme qui a réussi et revient aider sa communauté, ou d’une femme qui s’engage au quotidien pour révéler les talents des jeunes de son quartier. A l’opposé, lorsque l’on parle de San Francisco, c’est surtout pour valoriser les grandes multinationales du secteur des nouvelles technologies comme  Google, Twitter ou Facebook. Mais c’est juste une très petite partie de la réalité. La majorité des étudiants et « stagiaires » de BAYCAT vient ainsi du quart sud-est de San Francisco, l’un des quartiers les plus pauvres de la ville, bien loin du riche Palo Alto où se bousculent start-up et multinationales.

La vision de BAYCAT : un monde où l’histoire de chaque personne compte, et où les médias et la technologie sont les porte-voix de toutes les classes de la populations afin de pousser les gens à créer des changements positifs dans leurs communautés. BAYCAT s’attache ainsi à inspirer des jeunes défavorisés à exprimer leurs passions et leurs histoires uniques en utilisant la puissance des médias numériques et de la conception. Ce faisant, BAYCAT pousse les élèves à rester à l’école et à devenir acteurs de leur propre vie. BAYCAT comble ainsi un réel fossé numérique, et fait s’exprimer à travers les médias des personnes qui, comme la mère de Villy Wang, ne pouvaient pas faire entendre leurs voix.

Un regard unique sur la société

La branche entreprise sociale du projet, BAYCAT Studio, s’adresse à des jeunes de 18 à 25 ans qui sont formés au marketing et à la communication médiatique. Couverture d’évènement, vidéos de promotion, image de marque, logo etc., au bout de 3 mois de formation complète et intensive, les stagiaires sont embauchés par BAYCAT pour travailler sur de véritables campagnes marketing et du design de marque pour des entreprises à but lucratif et non lucratif.

Tout le monde aujourd’hui dans le monde des médias et de la communication possède les mêmes outils, accessibles et abordables pour une grande majorité.  Ce ne sont donc plus les outils qui font la différence, mais la créativité, un regard différent sur les choses. Et c’est là la grande force de BAYCAT. Une fois la technique et un certain savoir-faire transmis, ce qui fait réellement la spécificité de cette entreprise sociale c’est bien le regard unique que portent les stagiaires sur la société et leurs communautés. Les clients sont ainsi très demandeurs de cette originalité, d’autant plus lorsqu’elle entre en parfait accord avec l’objet de la campagne ou de la mission.

La ville de San Francisco a ainsi fait appel aux services de BAYCAT pour l’une de leurs campagnes de sensibilisation pour les jeunes : ” Stay out of the city ” (Restez en dehors de la rue). La majorité des idées est venue des stagiaires, des jeunes qui ont déjà été confrontés à cette problématique, dont certains amis ou proches se sont retrouvés pris dans cet engrenage de la rue. Et pourquoi en effet embaucher une équipe de communicants fraichement sortis de grandes écoles sans aucune expérience de la rue pour traiter de ces sujets ? BAYCAT a ainsi réussi à faire de la spécificité de ses stagiaires une véritable valeur ajoutée sur ce marché compétitif.

Groupe jeunes Baycat

Un tremplin vers l’ailleurs

Les étudiants (de 11 à 17 ans) et stagiaires de BAYCAT sont sélectionnés en fonction du niveau social des familles, avec une préférence donnée bien sûr aux très faibles revenus. BAYCAT réalise ainsi beaucoup d’actions de sensibilisation auprès des écoles, des centres communautaires etc. Les jeunes déposent ensuite leur candidature et doivent passer un entretien pour intégrer la formation.  « Nous voulons voir l’excitation et la motivation dans les yeux de nos jeunes, déclare une chargée de recrutement, et non pas des enfants trainés par leurs parents pour qu’ils aient une occupation après l’école et pendant les vacances. »

Avec l’aide de l’équipe permanente, les jeunes conceptualisent et réalisent eux-mêmes les campagnes, spots, documentaires courts etc. Pour les trois premiers mois les stagiaires reçoivent une petite compensation salariale fixe, puis ils sont payés à un tarif horaire, et aidés dans la gestion de leur budget.

Le stage finit, les stagiaires obtiennent leur diplôme, et BAYCAT les aide à trouver un emploi à l’extérieur (CV, aide à la création de site web, book etc.). Certains se voient même offrir un poste permanent dans l’équipe BAYCAT, comme Leslie, jeune fille issue d’une petite ville du Nicaragua et qui a réussi à aller à l’encontre de la volonté de son père pour vivre sa passion : l’art numérique. « Je me sens si chanceuse aujourd’hui, dit-elle, j’ai pu acquérir tellement de compétences au sein de BAYCAT, qu’elles soit techniques ou plus immatérielles, et je sens que cela va vraiment m’aider dans ma vie professionnelle. » C’est bien cela BAYCAT, un véritable tremplin vers l’ailleurs pour ces jeunes, et une belle manière de changer de l’intérieur les codes du secteur de la communication et des médias.

Leslie et un autre jeune de BAYCAT