Un voyage de 8 mois à la rencontre des entrepreneurs sociaux et des journalistes qui partagent une même vision d'un monde en changement…

Le Dakar propre d’ArClean

Imaginez…

Vous êtes chez vous, un matin de semaine, en retard pour partir au bureau, comme d’hab’. Vous alliez enfin atteindre la porte d’entrée quand votre mari (ou votre femme, c’est selon), vous crie “T’AS PENSE A SORTIR LES POUBELLES, MON AMOUR ??”. De plus en plus en retard, vous foncez dans la cuisine, attrapez le sac en question, descendez à toute vitesse dans la rue en réfléchissant déjà à une bonne excuse pour votre chef adorée (oui chez nous les chefs sont des femmes, évidemment), sortez dans la rue en manquant détacher la porte de ses gonds et là… Blocage.

Oui car dans cette vie, pas de local à poubelles dans la cour de votre immeuble. Pas non plus de grands bacs de couleurs dans les rues vous indiquant où vous débarrasser de votre pot de yaourt et de votre reste de pizza. Vous bloquez car vous ne savez absolument pas où vous êtes censés la jeter, cette foutue poubelle. Je veux dire, toute la semaine dernière, le bac était en bas de votre rue, mais là, il a apparemment changé de place dans la nuit, par l’opération du Saint-Esprit. Vous n’avez pas le temps de faire le tour de la ville pour savoir où l’on attend désormais vos déchets. Et vous n’allez pas non plus vous promener avec un sac plein d’ordures greffé à la main toute la journée. Alors vous faîtes 3 pas, hésitez, puis vous le laissez là et filez dare-dare au bureau en n’y pensant déjà plus.

Cette situation, des millions de Dakarois la vivent quotidiennement. Et c’est le constat que Dadja Bassou a fait il y a quelques années: ici à Dakar, il y a très peu de poubelles à proximité et leur localisation change tout le temps.

Les conséquences? Des habitants peu éduqués à l’hygiène et la propreté de leur ville, qui se plaignent par ailleurs, et à raison, mais que personne n’écoute ; un service de ramassage par conséquent très mal organisé voir inexistant ; et donc des quartiers sales, des rues mal entretenues et la prolifération facile de maladies graves pour tous ceux qui vivent ou dorment dehors.

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Face à cette situation, Dadja, Togolais né au Sénégal, mordu d’informatique depuis l’enfance, a développé sa propre solution : une application sur laquelle chaque utilisateur peut indiquer une poubelle en temps réel lorsqu’il passe devant, créant ainsi une grande cartographie des ordures et permettant de dénoncer la situation par des faits concrets. Développée sous Androïd, ArClean, c’est son nom, vient de remporter le concours “Apps for African City Life” organisé par Ericsson.

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La mission d’ArClean a plusieurs facettes. Tout d’abord, celle d’un “serious game” qui éduque les gens par le jeu: par exemple, les quartiers seront classés par ordre de propreté (ou de saleté…). Dadja dit clairement qu’il espère ainsi culpabiliser les habitants des quartiers les moins propres et déclencher une prise de conscience et un changement de comportements.

De plus, en donnant aux habitants la possibilité de s’exprimer et de dénoncer la situation par des preuves tangibles, l’application prête une voix crédible aux protestations des habitants pour rendre leur ville durablement plus propre. Enfin, en permettant de mieux organiser la localisation des ordures, ArClean aide aussi indirectement toute l’économie informelle des ferrailleurs, ces personnes qui récupèrent capsules de bouteilles et autres déchets pour les recycler en objets à revendre (des marmites, par exemple).

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Mais le changement de comportements initié par ArClean ne sera qu’une goutte d’eau si tout le système de collecte des déchets n’est pas revu. Aujourd’hui selon Dadja, il n’y a pas d’entente entre ceux qui choisissent où sont déposées les ordures et ceux qui les ramassent. Son application pourrait représenter un outil vraiment utile pour les services de collecte et il espère donc embarquer avec lui les grands acteurs des services de la ville, pour que Dakar soit bientôt débarrassée de ses ordures.