Un voyage de 8 mois à la rencontre des entrepreneurs sociaux et des journalistes qui partagent une même vision d'un monde en changement…

OUWA, l’université 2.0 au service des entrepreneurs africains

| 320 Commentaires

L’université Open Source d’Afrique de l’Ouest, Ouwa pour les initiés, est une entreprise sociale basée en Californie avec une filiale au Ghana. John Roberts et son co-fondateur ont construit cette structure à partir d’un constat simple et pourtant contradictoire : alors que le niveau de pénétration de l’enseignement supérieur reste très bas en Afrique, un nombre de plus en plus élevé d’universités dans le monde entier commencent à partager leurs cours en ligne à travers des plateformes telles que Coursera, edX etc.

Dans ce contexte nouveau, Ouwa se présente comme le système de livraison du dernier kilomètre pour ces ressources vers une université en ligne, mais avec un cadre « hors ligne ». Et ce contexte « hors ligne » qui est en réalité la clé du concept Ouwa. Car l’objectif n’est pas uniquement de donner à des jeunes africains l’accès à ces cours, mais au-delà, d’aider ces personnes à devenir économiquement indépendants par les enseignements de ces cours. L’idée est donc véritablement de déplacer l’enseignement hors de la salle de classe, de pouvoir l’appliquer à la vie réelle pour créer de la valeur sur le terrain.

La vraie bonne et ambitieuse question que John et son associé se sont posée était tout d’abord : « comment lutter contre la pauvreté ?». L’éducation était donc a priori une réponse facile, mais ce qu’ils désiraient vraiment, c’est une éducation qui ait un impact direct sur la pauvreté, qui change la vie de familles, et non pas une éducation qui aide « simplement » à mieux penser ou à mieux lire.

P1070550 - Version 2

Donc, concrètement, comment fonctionne Ouwa ? Le programme est construit autour de trois piliers : éduquer, incuber et investir.
Les incubés sont sélectionnés à travers des compétitions de start-up ou des « start-up week-ends ». Ce ne sont pas uniquement des start-up sociales en théorie, mais, selon les termes de John « des entreprise qui sont socialement et environnementalement responsables. » Les heureux gagnants peuvent ensuite investir le formidable espace de travail collaboratif Ouwa dans le centre d’Accra, où ils trouvent des ordinateurs, le wifi, une salle de réunion, une cafétéria etc..

C’est un environnement incroyablement dynamique et inspirant dans lequel les incubés ont accès à toutes les ressources éducatives qui existent en ligne. Et comme une bonne connexion internet est souvent chose difficile à avoir à Accra, les vidéos sont déjà téléchargées.

Au-delà de l’aspect matériel, Ouwa offre du mentoring, ainsi qu’un accès à leur réseau africain et international. Quant au 3ème pilier, l’investissement, en plus des fonds propres à Ouwa, ils travaillent de très près avec une nouvelle start-up, SliceBiz, incubée dans l’université, qui a développé un incroyable modèle hybride de crowdfunding pour start-ups adapté au contexte ghanéen (article à venir).

Le modèle complet, qui est actuellement en phase test à Accra, sera d’avoir plusieurs facultés différentes au sein d’Ouwa : agriculture, médecine, cinéma etc., et chacune de ces facultés aura son propre modèle économique. Le premier pilote est la faculté d’agriculture : ils seront très prochainement en train de manager des espaces de cultures avec leurs « élèves » et un pourcentage du revenu de ces plantations sera réintégré dans l’écosystème d’Ouwa.

Le modèle économique est simple : toutes ces ressources sont offertes contre une commission de 5% sur les revenus des start-ups. Ils prélèvent aussi un très faible coût d’admission à l’année d’environ dix dollars. Mais Ouwa est en réalité un modèle partagé : John et son associé possèdent chacun 1% seulement de la société, le reste étant alloué aux élèves. Comme le déclare John : « Ce n’est pas de la charité, nous voulons créer de la valeur et faire de l’argent, mais nous voulons que cet argent aille aux élèves et à leurs familles.»

Ouwa n’est pas une révolution, ils ont été inspirés par de nombreux modèles similaires, mais qu’ils ont su habilement recouper pour l’adapter à leur cible. Et ils ont aussi su innover au sein de ces modèles : des droits d’entrée très faibles, la possibilité d’entrer dans le programme à n’importe quel moment, et l’association de l’investissement et de l’incubation au sein de l’éducation.

Aujourd’hui, Ouwa est en phase d’incubation de son propre modèle à Accra, au Ghana. Le contexte y est en effet très favorable : une ville en pleine croissance, dans laquelle nombreux sont ceux qui comprennent déjà le concept d’Ouwa. John parle de la « voie facile », dans une stratégie « top-down ». Ils avaient essayé de développer un programme similaire au Burkina, mais la réactivité n’était pas assez forte. Accra offre donc un contexte stratégiquement très intéressant pour le court-terme, pour tester et prouver le modèle, mais l’ambition réelle est d’accéder à des zones encore davantage en besoin de ces services comme au Burkina ou au Mali où le niveau d’accès à l’éducation est bien plus bas.

La prochaine étape ? Utiliser leur vaste réseau africain pour changer d’échelle avant la fin de l’année, et ensuite viser une expansion dans cinq autres pays d’Afrique. Mais pour l’instant, Ouwa continue à faire d’Accra un véritable hub, et prouve une fois de plus à l’Afrique que ses jeunes entrepreneurs sont la véritable clé du changement.