Un voyage de 8 mois à la rencontre des entrepreneurs sociaux et des journalistes qui partagent une même vision d'un monde en changement…

June 13, 2013
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Offrir une voix aux villages indiens

Pourquoi est-ce important ?

On dit souvent que l’on ne peut pas comprendre l’Inde sans connaître l’Inde rurale. Et en effet, 72% de la population indienne vit dans ces villages. Constat sombre ou étrange cependant, il n’existe aucun journal papier professionnel dédié à l’Inde rurale. Une analyse du journaliste Vipul Mugdal sur les contenus des six grands quotidiens du pays révèle qu’en moyenne, les journaux consacrent seulement 2% de leur espace éditorial aux enjeux des campagnes indiennes. Et la majeure partie de cette maigre couverture médiatique ne traite que des enjeux tels que la criminalité, la violence, les accidents et les catastrophes… Comme le résume si bien le blog indien Churumi : « Tout le monde aime lire un bon petit suicide de fermier ».

Dans un article perspicace, Chandragas Choudhur explique pourquoi s’adresser à cette population rurale est important. Il déclare que, malgré « une croissance économique qui est réinjectée dans les villages, [et] un taux de consommation qui croit aujourd’hui plus vite dans les campagnes que dans les villes[…], ce qu’il y a de terrible c’est que les citadins ne savent rien des avancées faites ou des obstacles rencontrés, ou des révolutions technologiques et économiques qui ont lieu dans les zones rurales. » Selon lui, ce constat est causé par deux raisons principales. Premièrement, « parce que l’Inde rurale est tellement fragmentée par ses différents dialectes et par son étendue, qui rend les villages si éloignés les uns des autres. Mais c’est surtout parce que les journaux indiens sont en majorité tenus par des membres des classes les plus aisées, et ne répondent aux besoins que des lecteurs citadins. »

Face à ces enjeux, deux incroyables initiatives, que nous eu la chance de rencontrer, agissent, s’efforçant de donner une voix à ces 830 millions de personnes vivant en zone rurale.

Khabar Lahariya: dans les campagnes, des femmes utilisent l’information comme outil de développement pour elles-mêmes et leur communauté

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Fondé en 2002, Khabar Lahariya est un hebdomadaire de huit pages publié dans sept districts de l’Uttar Pradesh, état le plus peuplé d’Inde. Nirantar, une association basée à New Delhi travaillant sur les questions de genre et d’éducation, a lancé ce journal comme outil de levier de développement et d’autonomisation pour les femmes des campagnes, afin de les rendre actrices de leur propre information. Initié avec dix femmes, Khabar Lahariya est désormais entièrement écrit, produit, distribué et commercialisé de manière autonome par quarante femmes marginalisées. Bien que ces femmes ne viennent ni d’un milieu journalistique, ni même d’un milieu littéraire, elles ont reçu une formation complète par Nirantar et produisent un contenu de bonne qualité.

Par ailleurs, les femmes ont aussi acquis un rôle majeur au sein de leurs communautés, encourageant les échanges et interactions publics et collectant les idées pour répondre aux besoins spécifiques des femmes. En parallèle, elles animent de nombreux ateliers dans le but d’encourager d’autres personnes à s’engager dans l’expérience de l’édition d’un journal.

Khabar Lahariya relaie des sujets qui revêtent une importance majeure pour son lectorat, complétés par la couverture de thématiques nationales et internationales. En plus d’un contenu commun à toutes les éditions, chaque district possède sa propre page dans son propre dialecte. Pour le rendre accessible à tous, le journal ne coûte que deux roupies. Il touche ainsi près de 80 000 personnes. Et l’ambition de Khabar Lahariya ne s’arrête pas là : actuellement en phase de levée de fonds, le journal devrait être distribué dans cinq nouveaux districts dans les quelques prochaines années.


Gaon Connection réinvente le journalisme de l’Inde rurale

Neelesh Misra est le conteur le plus renommé d’Inde. Il est aussi journaliste primé, auteur de cinq livres, scénariste pour Bollywood, parolier célèbre, poète et photographe. L’histoire qui l’a le plus inspiré fut celle de son père : élevé dans un village, ce dernier devait marcher plusieurs heures chaque matin pour aller à l’école. Son rêve était de construire une école pour son village et des années plus tard, c’est exactement ce qu’il fit. En quarante ans, il a aidé à changer près de quarante mille vies.

Convaincu que la clé du développement et de l’avenir de son pays se trouve dans ses campagnes, Neelesh Misrah réinvente aujourd’hui le journalisme en Inde rurale. Le 2 décembre dernier, il a ainsi officiellement lancé Gaon Connection, le premier journal indien rural géré par des professionnels. Comme ils le déclarent sur leur (très beau) site, Gaon Connection « vise à ramener au plus près des populations rurales, leur monde, les choses qui importent, les sujets qui comptent. » A travers cette mission, ils s’efforcent de reconnecter les villages avec les villes (« gaon » signifie village en hindi), en apportant à ces dernières un aperçu des changements profonds qui s’opèrent dans les campagnes indiennes.

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L’ambition est grande, tout comme le niveau de recherche de contenus. L’équipe est pourtant partie de zéro, puisque personne ne savait à quoi devait ressembler un journal rural, et a réussi à créer un produit d’une incroyable qualité pour ses clients. Et c’est justement par respect pour ces clients, des clients comme les autres, que le journal est édité dans la meilleure qualité de papier possible, entièrement en couleur et dans un design très recherché. Bien que près de 90% des membres de l’équipe n’étaient pas journaliste à l’origine, ils ont été formés par des professionnels, utilisant les mêmes techniques que pour les journalistes « normaux ». L’équipe est désormais composée de journalistes ruraux et citadins, un melting pot dynamique, créatif et qui leur permet d’apprendre les uns des autres au quotidien. A cette équipe s’ajoutent deux des plus grands journalistes TV indiens, un journaliste reconnu de Chicago et Neelesh Misrah lui-même, tous contribuant activement en tant que chroniqueurs réguliers.

En s’appuyant aussi bien sur ses réseaux que sur sa renommée personnelle (il conte chaque jour des histoires à quelques 32 millions d’auditeurs dans plus de 35 villes), Neelesh Misrah exploite pleinement les médias sociaux pour lever des fonds et faire connaître le projet à travers des campagnes de communication en ligne. Les résultats sont impressionnants : le Chief Minister (équivalent à un Premier Ministre qui dirige chaque état indien) de l’Uttar Pradesh ainsi que les correspondants de tous les médias possibles et imaginables étaient réunis pour le lancement du journal; Neelesh Misrah a déjà été approché par différentes agences publicitaires et d’investissement; et un quotidien national majeur les a déjà contactés pour établir un partenariat. Mais aucune décision n’a encore été prise, car le cœur de la philosophie et de l’innovation de Gaon Connection c’est avant tout de faire participer les lecteurs, leur donner le sentiment que ce journal est un journal qui leur appartient et qui n’est pas aux mains d’une organisation industrielle, comme tous les autres.

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Et l’innovation va bien au-delà de celle d’un journal pour l’Inde rurale. En tant que conteur, Neelesh Misrah est plus que conscient de la problématique de l’illétrisme en Inde : si une personne sur deux ne sait pas lire ou écrire en Inde rurale, ce sont autant de personnes qui ne peuvent avoir accès au contenu de Gaon Connection. L’incroyable innovation du projet, c’est donc de créer un journal audio, pour lequel tout le contenu serait lu par les journalistes eux-mêmes, avec leur accent, leurs erreurs grammaticales, bref, de la manière dont ils raconteraient l’histoire à leurs amis.

Deux des plus grands opérateurs télécom indiens ont déjà accepté de diffuser le contenu, ce qui signifie que Gaon Connection pourra toucher des centaines de millions de clients à travers leurs téléphones portables. Les utilisateurs n’auront besoin que de composer un numéro pour pouvoir accéder à l’écoute du journal. De plus, l’expérience auditive est pensée de telle sorte que l’auditeur aura l’impression de tourner les pages du journal : à n’importe quel moment, il lui suffira d’appuyer sur une touche pour aller à la section suivante, ou pour répéter une phrase, etc.

Après seulement quelques mois d’existence, Gaon Connection est un hebdomadaire de douze pages produit en dix milles exemplaires, distribué dans trente-cinq districts de l’Uttar Pradesh et avec l’ambition de toucher pas moins de trente-deux mille villages en Inde. Contrairement à l’Occident, l’industrie de la presse indienne est en pleine croissance : hausse du taux d’alphabétisation, hausse des revenus et apparition de nouvelles aspirations individuelles sont autant de facteurs qui font de la presse un véritable levier de développement. Mais le véritable pouvoir de Gaon Connection, ce qui permettra son expansion, c’est bien cette incroyable capacité d’innovation et la vision de son fondateur, Neelesh Misrah. Et au final, la plus belle histoire qu’il racontera à ses auditeurs, pourrait bien être celle qu’il est en train d’écrire aujourd’hui.

Crédit photos NIRANTAR et Gaon Connection.

La Birmanie en quelques images…

June 3, 2013 par admin | 0 Commentaires

Alors que la Birmanie est un pays en pleine mutation, et on l’espère, en plein ouverture, ce qui continue à frapper tout voyageur reste l’incroyable gentillesse des habitants. De multiples ethnies composent le territoire, qui possèdent leur propre histoire, leurs coutumes ou encore leurs habits traditionnels. Et pourtant c’est bien un seul peuple que l’on découvre lorsque l’on parcoure ce pays, un peuple que le SparkTour a essayé de capturer à travers quelques portraits, et qui on l’espère vous donnera l’envie d’aller à leur rencontre…

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May 21, 2013
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Trash-to-Cash : l’art et l’artisanat local redonnent de la dignité aux personnes handicapées

Notre partenaire Culture(s) with Vivendi, qui s’est engagé avec nous pour découvrir, à travers le monde, les initiatives d’entrepreneuriat social s’appuyant sur l’art et la culture comme levier de lutte contre la pauvreté, vient de publier un nouvel article du SparkTour.

430866_571710159512020_923454240_nTrash-to-Cash travaille avec des personnes handicapées qui recyclent des déchets en utilisant les techniques traditionnelles d’artisanat indien adaptées à une conception moderne.

L’histoire commence avec l’ONG indienne Society for Child Development, engagée dans l’accès à l’éducation pour les enfants souffrant d’un handicap. Mais Madhumita Puri, sa fondatrice, était de plus en plus confrontée à des parents d’enfants handicapés lui demandant à quoi cela pourrait bien servir de scolariser leur enfant, puisque leur handicap ne leur permettrait de toute façon pas de trouver un emploi plus tard.

Pour lire la suite de l’article, suivez ce lien…

May 16, 2013
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En Inde, on recycle pour emballer

Ecoloinfo, partenaire du SparkTour, vient de publier l’un de nos articles sur son blog. Découvrez cette fois le triple impact de l’innovation portée par Rohit, co-fondateur d’ Ecoad, ou comment des sacs en papier recyclé peuvent répondre au besoin de visibilité des petits commerces de proximité en Inde.

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C’est dans l’un des restaurants les plus populaires de Pune que nous avait donné rendez-vous Rohit Nayak, co-fondateur d’Ecoad, où il a commandé pour nous les meilleurs plats locaux. Puis nous l’avons suivi dans un café du coin dont il connaissait le menu par cœur, nous conseillant « sagement »  de nous laisser tenter par le meilleur dessert, et aussi le plus dangereux, que nous ayons goûté depuis des semaines.

Mais n’allez pas croire que la nourriture indienne soit la seule spécialité de Rohit ! Sa préoccupation principale, celle qui l’anime chaque jour depuis des mois, est plus sérieuse : aider les petits commerces locaux dans leur bataille face aux grandes marques, en leur offrant plus de visibilité directement entre les mains des consommateurs.

Rohit a imaginé un business model innovant qui dynamise à la fois l’économie locale et aborde des problématiques écologiques et sociales majeures. Ecoad, entreprise sociale indienne, permet aux commerces de proximité tels que les boulangeries ou encore les coiffeurs, de bénéficier de petits encarts publicitaires sur les sacs en papier recyclés qui sont distribués par les boutiques et magasins locaux (épiceries ou pharmacies par exemple, très nombreuses dans les rues de toute ville en Inde).

Lire la suite de l’article

 

May 13, 2013
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Une entreprise particulière

Un matin il y a déjà plusieurs semaines de cela, pendant notre séjour à Bombay, nous nous sommes rendues à un rendez-vous un peu spécial : 11h30 précises, devant la gare Victoria Station (aussi connue sous son nouveau nom marathi de Chhatrapati Shivaji Terminus). Qui devions-nous retrouver ? Une partie des 5,000 dabbawallahs de Bombay, ces livreurs de repas à l’organisation sans failles, qui acheminent tous les jours jusqu’à 175,000 repas à bon port.

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On vous explique. Chaque jour, des centaines de milliers d’indiens quittent leur domicile familial à l’aube pour se rendre en train à leur travail, quelque part dans le centre de Bombay, parfois à plusieurs heures de transport de chez eux. Chaque jour, les épouses de ces employés cuisinent le déjeuner de leur mari, les indiens étant encore très réticents à utiliser la restauration rapide et même à manger des repas qui ne sont pas faits maison, principalement parce que les prescriptions alimentaires diffèrent selon les castes. Chaque jour, après le départ de leur mari, ces épouses confient le déjeuner qu’elles ont eu le temps de préparer à un livreur, le dabbawallah (de dabba, boîte, et wallah, celui qui fait), qui collecte ainsi des dizaines de boîtes dans son quartier, avant de s’en aller par le train. Chaque jour, ce sont donc des milliers de dabbawallahs qui, peu avant midi, débarquent dans les 3 principales gares de Bombay, et dispatchent les quelques 175,000 repas qui seront livrés à bon port. Chaque jour, chaque employé récupère son déjeuner à temps et tel qu’il l’attendait, avant de renvoyer les boîtes vides à leur domicile par le même réseau.

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Et le système est quasiment infaillible. Grâce à son organisation digne de celle d’une ruche, l’utilisation d’inscriptions très précises, et, forcément, un peu de magie, le taux d’erreur de cette grande entreprise est estimé à 1 pour 6 millions ! Les dabbawallahs ont même fait l’objet d’un cas d’étude par Harvard, tellement leur logistique est surprenante et impressionnante.

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Ce matin-là donc, à 11h30, nous nous sommes postées sur le parvis de la gare et avons observé le ballet des tiffins, l’autre nom donné aux boîtes en fer contenant les repas des mumbaikars. Un dabbawallah arrive, un plateau chargé de tiffins sur la tête, dépose son plateau, répartit les tiffins sur plusieurs groupes au sol selon une logique qui nous échappe, puis charge une charrette en s’en va livrer au bon moment les bons repas aux bonnes personnes. Et ainsi de suite pendant une heure, sous les objectifs des quelques touristes impressionnés dont nous faisions partie ce jour-là.

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May 4, 2013
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La mission fashion et responsable de Trashy Bags, au Ghana

IMG_1533Trashy Bags est une entreprise sociale ghanéenne qui créé des sacs “chics et chocs” à partir de plastique recyclé. Au-delà de l’impact environnemental évident, la mission de Trashy Bags va plus loin: un emploi et une formation pour des personnes non-qualifiées, la sensibilisation à la protection de l’environnement avec des ateliers pour les classes d’écoliers, ou encore l’aide à l’économie informelle des ramasseurs de plastique.

April 29, 2013
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m.Paani, ou comment utiliser de manière innovante la valeur des consommateurs BOP en Inde pour améliorer leur quotidien

La base de la pyramide (BOP), ces millions de personnes vivant avec moins de 2$ par jour, représente un marché à part entière auquel de plus en plus de grandes entreprises tentent de s’adresser. L’entreprise sociale m.Paani propose à ces consommateurs défavorisés d’accumuler des “points de fidélité” pour leurs dépenses de téléphonie mobile, à échanger contre des produits et des services pouvant améliorer grandement leur quotidien : systèmes d’eau potable, lampes solaires, cours…

Sous-titres en anglais disponibles: http://www.youtube.com/watch?v=abS_CZ42FJM

April 20, 2013
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SliceBiz, réseau ghanéen hybride entre crowdfunding et plateforme de capital investissement

Un nouveau projet vient d’être lancé au Ghana: SliceBiz, une plateforme d’investissement innovante qui va révolutionner le financement des start-ups africaines! Il y a quelques semaines, nous avons eu la chance de rencontrer et d’interviewer William Senyo, à la tête de cette entreprise sociale ghanéenne…

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Pour mieux nous expliquer d’où est venue son idée, Will a commencé par nous faire la liste de ce qu’il appelle les « 4 choses à savoir » :

-       Il existe en Afrique une classe moyenne croissante, qui dispose d’un bon niveau de revenus ;

-        Si de nombreux problèmes persistent quant à l’utilisation d’internet sur le continent, le réseau mobile est très développé ;

-       De plus en plus de jeunes Africains motivés se lancent dans des projets innovants ;

-       Mais la plupart de ces projets stagnent justement au stade du projet, sans avoir la capacité de grandir malgré leur fort potentiel.

Selon lui, l’Afrique manque d’un seul élément pour que cela chance : le financement. Et c’est là que SliceBiz, vainqueur du Startup Weekend d’Accra, veut agir, en trouvant un moyen de relier les 4 caractéristiques énoncées plus haut afin de répondre enfin à ce besoin de financement.

Voilà pour la théorie.

Et en pratique ? SliceBiz veut faire le lien entre l’utilisation répandue des téléphones portables et les idées innovantes des jeunes, afin de créer un cadre solide permettant à la classe moyenne africaine d’investir de petites sommes d’argent dans leurs start-ups. Ou, pour le dire autrement, il s’agit d’une adaptation du modèle de crowdfunding aux spécificités du continent africain.

Mais cela va plus loin : la plateforme SliceBiz est en fait un mélange de crowdfunding et d’investissement par capital-risque.

Selon William, l’Afrique n’étant pas prête culturellement à effectuer des versements d’argent en ligne, l’équipe ne pouvait pas créer un site de crowdfunding comme nous les connaissons en Occident (KissKissBankBank, Ulule…). « Ici, nous dit-il, les gens ont besoin de connaître la personne qu’ils ont en face d’eux avant de lui donner ne serait-ce qu’un dollar. »

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« Nous ne pourrons pas nourrir la croissance africaine autrement : il faut plus de projets portés par des Africains, financés par des Africains »

Ces réflexions ont finalement abouti au business model innovant suivant : lorsqu’une start-up rejoint la plateforme SliceBiz, elle renonce à une petite partie de son capital qui sera dédiée aux investisseurs. En entrant au capital de la start-up, ces investisseurs issus de la classe moyenne sont ainsi encouragés à réellement s’intéresser à sa croissance et à son succès. Ils peuvent devenir des mentors pour les jeunes entrepreneurs, leur dédier du temps et des compétences afin d’apporter leurs conseils sur des sujets clés tels que le marketing, le droit… Chaque investisseur pourra sortir du capital de la société après 2 ans. Cela fonctionne donc comme du capital-risque classique, dont, en Afrique, les investisseurs délaissent encore beaucoup trop les start-ups et petites entreprises. Le fait de viser la forte capacité d’investissement de cette classe moyenne africaine en pleine croissance et de l’attirer grâce à un modèle par lequel elle peut à la fois investir de l’argent et faire partie du projet, représente donc une véritable solution sur le long terme.

Pour se financer, SliceBiz fera payer des frais de « mise en relation » pour chaque investisseur trouvé, et 10% du capital de la start-up appartiendra à la plateforme afin de permettre un investissement de ce capital dans son fonctionnement. En effet, c’est tout un écosystème que SliceBiz veut créer autour de ces projets, en leur apportant un accès à des activités hors ligne, des connaissances et des connexions, équipement, conseils… Tout ceci étant financé par les frais de fonctionnement perçus, les start-up n’auront rien à payer pour bénéficier de cet écosystème de services… dès lors qu’elles accepteront de renoncer à 10% de leur capital.

La plateforme débutera avec 10 start-ups, toutes en lien avec les nouvelles technologies. SliceBiz a fait le choix de ne pas se spécialiser dans un domaine ou un autre, mais cela pourrait arriver lors de certaines « promotions » dans quelques années.

En attendant, gardez les yeux ouverts, de nouvelles start-ups innovantes ne vont pas tarder à émerger, en direct du Ghana !

April 16, 2013
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Femmes, karité et commerce équitable: la recette gagnante de StarShea Network

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L’une des grandes forces des entrepreneurs sociaux c’est de savoir utiliser des compétences et des marchés existants, pour les remodeler et en faire des business à la fois plus durables et éthiques.

Et c’est exactement ce à quoi travaille StarShea au Ghana depuis 4 ans. A l’origine, le constat fait par PlaNet Finance : dans le nord du pays, beaucoup de femmes travaillaient le karité, mais en tiraient très peu de profit. Cette région est la plus pauvre du pays, et ces femmes, obligées pour des besoins de liquidité de vendre leurs productions lorsque les prix du marché étaient au plus bas, étaient entièrement dépendantes du bon vouloir des traders se déplaçant dans les villages.

Un premier projet prend alors forme en partenariat avec SAP, et les IMF locales : optimiser les prêts pour ces femmes afin qu’elles puissent attendre la meilleure période pour vendre leurs stocks et bénéficier ainsi d’un effet de levier.
Voulant aller plus loin, PlaNet Finance et SAP décident de créer un véritable social business autour du karité. S’appuyant sur des ONG locales d’épargne solidaire qui ont aidé à organiser les populations en communautés de travailleuses, StarShea, filiale de PlaNet Finance, propose aux femmes de vendre les noix et le beurre de karité à ses clients en échange d’une petite commission sur chaque transaction, et développent même le principe d’un prépaiement sur les prévisions de récoltes des femmes. La marge de StarShea étant faible, ils estiment qu’il faut 10 000 femmes en plus des 5 000 actuelles, pour atteindre une production en assez grande quantité et atteindre le point mort.

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Pour toutes ces femmes, c’est donc un débouché non seulement régulier mais surtout sécurisé. Le projet est actuellement financé par le capital fourni par PlanetFinance ainsi qu’un prêt sans intérêt de SAP. L’objectif à 5 ans : atteindre le point mort et transférer le capital aux femmes. Profits et bénéfices seront réinvestis dans la structure, et les femmes sont formées pour qu’elles puissent ensuite s’emparer de la gouvernance de la structure.

Au-delà des formations, SAP a développé un logiciel innovant accessible sur tout téléphone portable pour donner accès aux informations du marché. Rural Market Connect permet aux femmes de recevoir les commandes des clients en temps réel, mais aussi de connaître le cours des produits qu’elles vendent sur le marché.

Les atouts de StarShea pour les clients sont nombreux : une très grande réactivité de la production (3 semaines pour un container face à une moyenne de un à plusieurs mois) ; fiabilité de la production avec un principe de responsabilité communautaire (si une femme ne peux fournir son sac, le groupe s’engage à le faire à sa place) ; certifications bio et commerce équitable pour certaines des communautés, etc.

Les défis sont encore nombreux aujourd’hui : diminuer le coût de revient des femmes pour augmenter leur marge, développer de nouveaux usages du karité, développer la filiale dans le pays… Mais le projet est déjà une grande réussite, et prouve une fois encore la force du modèle du commerce équitable.