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Retour sur l’entrepreneuriat social au Sénégal : un entrepreneur sénégalais est-il d’emblée entrepreneur social ?

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Venues de notre petite bulle française où l’entrepreneuriat social commence, pour notre plus grand plaisir, à faire des émules (n’oublions pas que nous avons même gagné un Ministre de l’économie sociale et solidaire en 2012), nous avons rapidement dû nous confronter à la réalité d’un autre monde : l’entrepreneuriat (social) africain.

Si nous mettons ici des parenthèses, c’est que ces 4 semaines sénégalaises, lancement de notre aventure, ont rapidement ouvert une grande question : l’entrepreneur qui se lance au Sénégal, et a fortiori en Afrique, qui répond aux besoins d’une population, créé des emplois et participe au développement économique d’un continent encore aujourd’hui trop freiné par les politiques d’assistanat occidentales, n’est-il pas d’emblée au cœur de ce que justement nous, Occidentaux, appelons « entrepreneuriat social » ?

Ici, les besoins et le potentiel de croissance, sont énormes, tout comme le manque de certains produits et services qui nous paraissent essentiels. Il y a tellement à faire qu’on serait tentées d’affirmer qu’il « suffit » d’entreprendre pour avoir la casquette d’entrepreneur social, tant la création d’entreprise représente un impact social important pour le pays en ce qu’elle répond à des besoins basiques et parfois indispensables de la population. Par exemple, Dadja, en développant un jeu sur mobile, s’est vite rendu compte qu’il avait entre les mains un outil qui pourrait changer la vie des habitants de la capitale.

De plus, nous avons remarqué que les jeunes entrepreneurs/ses sénégalais(es) que nous avons rencontré(e)s prennent en compte d’emblée leur environnement et montrent un vrai souci de respecter les conditions de travail des personnes qu’ils/elles emploient. Est-ce que cela est dû à la société sénégalaise, au poids des traditions où à une réaction face aux dérives occidentales ? En tout cas, les faits sont là.

De l’importance de la mesure d’impact

Or souvent, même si l’impact social des projets est important – donner une voix aux consommateurs, faciliter et améliorer la préparation des repas dans les villages… – l’accent n’est malheureusement pas mis dessus.

Ne pas le faire, c’est risquer de diluer la force de cet impact et, avec le temps, perdre de vue l’essentiel. La mesure d’impact est aussi un concept à davantage inculquer et diffuser : ce n’est qu’en formalisant son ambition sociale que l’entrepreneur pourra, sur le long terme, connaître ce qu’il a réellement apporté et ainsi s’appuyer dessus pour faire valoir son entreprise aux yeux des investisseurs occidentaux, eux de plus en plus réceptifs à ce genre de messages. Enfin, il serait dommage de ne pas mettre en avant ces exemples de bonne gouvernance et de respect des conditions de travail, en particulier sur un continent qui souffre d’une si mauvaise image liée à la corruption et aux relations parfois floues entre pouvoir et entreprise. Et puis si tout est à créer, autant le faire bien dès le départ et éviter nos dérapages.

D’où l’importance des structures d’aide aux entrepreneurs, comme le CTIC ou Synapse Center. Qu’ils soient spécialisés dans les NTIC ou dans l’entrepreneuriat social, ces deux incubateurs, auxquels on pourrait ajouter l’espace de coworking Jokkolabs, s’attachent à équiper (formations, accompagnement, suivi…) les jeunes entrepreneurs sénégalais pour que leurs projets soient viables et donnent naissance à des start-up de qualité.

Pérenniser les projets plutôt que les multiplier

Il est en effet indispensable que ces jeunes entrepreneurs développent des modèles qui fonctionnent car, si les programmes de financement ne manquent pas en Afrique, c’est le suivi et la viabilité des projets qui fait défaut. Actuellement, l’argent reçu par les initiatives innovantes lors des concours ou appels à projets qui se multiplient, est encore trop souvent mal investi, les entrepreneurs n’ayant pas les clés pour pérenniser leur activité. Ce n’est que grâce à un réel accompagnement sur le long terme, appuyé par des formations  professionnelles, que ces entreprises pourront véritablement tirer profit des financements qu’elles reçoivent et connaître un vrai succès… pour un vrai développement économique, débarrassé de la corruption.

Difficile de résumer en un article ce que nous avons appris et retenu en un mois de rencontres au Sénégal. L’essentiel n’est pas de dresser un tableau complet de la situation, mais surtout de donner un aperçu de ce que nous avons pu comprendre sur place, en si peu de temps. Nous sommes conscientes que la casquette d’entrepreneur social, que nous tenons à définir, n’intéresse pas la plupart des entrepreneurs, d’Afrique ou d’ailleurs : ils ont bien trop le nez dans le guidon pour se soucier de la façon dont la société veut les appeler. Pour autant, ils participent d’un mouvement global qu’il est important d’identifier pour les faire émerger, justement là où ils sont le moins visibles. Et c’est là toute la mission que le SparkTour s’est donnée.