Un voyage de 8 mois à la rencontre des entrepreneurs sociaux et des journalistes qui partagent une même vision d'un monde en changement…

Steeve Baumann, grand reporter

Nous avons interviewé Steeve Baumann : à part être grand reporter à l’agence de presse CAPA, au-delà d’avoir réalisé les magnifiques documentaires “Changer le monde” diffusés sur Canal+, il a surtout accepté d’être notre parrain, nous donnant depuis le début de l’aventure de nombreux et précieux conseils.

Si le SparkTour existe, c’est aussi grâce à lui !
C’est donc tout naturellement que nous nous sommes tournées vers lui pour notre première interview de journaliste, un midi enneigé de janvier, à Paris.

Bonjour, qui es-tu ?

Je m’appelle Steeve Baumann, je suis grand reporter depuis environ 15 ans maintenant et rédacteur en chef de l’émission l’Effet papillon tous les samedi en clair sur Canal+. Il s’agit de la seule émission en France qui ne parle que de l’international.

Qu’est-ce que ça te fait d’être de ce côté-là du micro aujourd’hui ?

Cela fait toujours plaisir et c’est agréable, c’est un peu comme l’arroseur arrosé !

Dis-nous, pourquoi (ou pour quoi) te lèves-tu le matin ?

Pour aller au bureau déjà, parce que j’ai la chance de pouvoir aller au bureau. Et après… pour plein de réponses personnelles que je n’évoquerai pas en interview ! (sourires)

Peux-tu définir avec tes propres mots l’entrepreneuriat social, et pourquoi cela t’a intéressé ou t’intéresse toujours ?

L’entrepreneuriat social m’intéresse beaucoup parce que c’est le terrain où s’élaborent les meilleures pensées pour l’économie de demain. Est-ce que c’est utopiste, est-ce que c’est réaliste…? L’avenir nous le dira ! Mais ce que je sais et ce que j’ai vu, c’est qu’il y a aujourd’hui des entrepreneurs sociaux qui sont suffisamment compétents et « épais » professionnellement pour offrir des modèles d’entreprises pour le futur. Et si on repense l’entreprise sur la base de ce que proposent les meilleurs entrepreneurs sociaux – puisque comme pour tout, il y en a des bons et des moins bons – je pense qu’on peut espérer un avenir moins autodestructeur.

Essayons des réfléchir l’avenir de manière moins autodestructrice. Je n’ai jamais été un  amoureux de la grande finance, et je pense qu’une entreprise qui est loin de la finance peut aussi s’en sortir. C’est une des grandes leçons des entreprises sociales : elles s’en sortiront sans forcément avoir besoin des mêmes revenus. Est-ce qu’on a besoin de ce genre de revenus? C’est une question que les entrepreneurs sociaux se posent et pour une fois, on les écoute sans penser qu’il s’agit de l’énième rêveur soixante-huitard égaré au début du 21ème siècle. Ce n’est pas mal de savoir qu’il y a des gens aujourd’hui qui pensent comme ça, qui fonctionnent comme ça, que leurs projets marchent, qu’ils gagnent de l’argent… et cela peut être une des raisons qui aident à se lever le matin.

Est-ce que tu continues à traiter ces sujets ?

Malheureusement non, parce que je n’ai pas le temps et parce que ma rédaction n’est pas sur ce créneau là, ce n’est pas notre ligne éditoriale aujourd’hui.  Mais s’il y a un phénomène social large dans un pays en développement, on trouvera comment  l’insérer dans « l’Effet papillon ».

Est-ce que tu as eu l’impression de franchir une « frontière » entre le journalisme et le militantisme quand tu as décidé de faire les reportages « Changer le monde » ?

J’avais l’impression de faire de l’institutionnel intelligent, différent. J’avais envie de mettre mon savoir-faire journalistique et de faiseur d’images au service de projets d’entreprises sociales que je trouvais intéressants. Donc inévitablement, je me suis fait un peu porte-parole de l’entreprise, dans le sens où je n’étais pas là pour faire des films critiques. Les films duraient 8 min donc j’ai juste eu le temps de montrer les bons côtés et j’ai mis mon esprit critique entre parenthèse. S’il y a un « côté obscur » à ces entreprise-là je ne l’ai jamais cherché car ce n’était pas mon but, et journalistiquement cela pourrait être considéré comme fautif. Mais tout en montrant la face positive des choses uniquement, je me suis fait vraiment plaisir !

Parmi les entreprises sociales que tu as rencontrées, pour laquelle aurais-tu pu te dire « ça c’est génial, c’est ce que je veux faire » et changer de métier ?

C’est plus pour des rencontres humaines, car les projets étaient tous séduisants, tous. J’ai été à 2 doigts de rester en Afrique du Sud ! Il s’agissait d’un projet fabuleux de chaises roulantes adaptables tout terrain, porté par des gens magnifiques. Ils faisaient le tour des ghettos et des quartiers défavorisés pour proposer ces chaises roulantes à des gens qui ne pouvaient plus sortir de chez eux parce que leurs chaises n’étaient pas adaptées à la réalité du terrain. C’était un projet simple mais enthousiasmant, porté par des gens magiques. Donc c’était avant tout une rencontre, parce que les 8 projets que j’ai eu la chance de découvrir étaient tous formidables.

Quelle est la question la plus pénible que tu aies jamais eu à poser ?

C’est dur comme question !! Surtout que je prépare rarement mes questions à l’avance, je vois une interview comme une bonne discussion argumentée, pendant laquelle tu sais ce que tu cherches mais tu ne sais pas forcément ce que tu vas entendre.

Si, alors j’en ai une : la question « Comment tu vas ? ». Si la personne répond, là c’est très pénible parce que ça peut durer 4h.

Et alors comment tu vas Steeve ?

(rires) Ça va TRES bien merci…

Si tu pouvais te cacher dans notre sac à dos et venir dans un pays avec nous, lequel tu choisirais ?

La Birmanie en ce moment, très certainement. Je n’y suis encore jamais allé, mais j’aime beaucoup cette région de l’Asie du Sud Est et j’y ai beaucoup voyagé. La Birmanie est un pays qui bouge, qui s’ouvre, qui va accueillir prochainement les Jeux d’Asie du Sud Est… Un pays qui se développe à une vitesse impressionnante, d’une manière maladroite, désordonnée, corrompue aussi. Cela m’intéresse évidemment, journalistiquement c’est passionnant.

Merci !