Un voyage de 8 mois à la rencontre des entrepreneurs sociaux et des journalistes qui partagent une même vision d'un monde en changement…

Une entreprise particulière

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Un matin il y a déjà plusieurs semaines de cela, pendant notre séjour à Bombay, nous nous sommes rendues à un rendez-vous un peu spécial : 11h30 précises, devant la gare Victoria Station (aussi connue sous son nouveau nom marathi de Chhatrapati Shivaji Terminus). Qui devions-nous retrouver ? Une partie des 5,000 dabbawallahs de Bombay, ces livreurs de repas à l’organisation sans failles, qui acheminent tous les jours jusqu’à 175,000 repas à bon port.

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On vous explique. Chaque jour, des centaines de milliers d’indiens quittent leur domicile familial à l’aube pour se rendre en train à leur travail, quelque part dans le centre de Bombay, parfois à plusieurs heures de transport de chez eux. Chaque jour, les épouses de ces employés cuisinent le déjeuner de leur mari, les indiens étant encore très réticents à utiliser la restauration rapide et même à manger des repas qui ne sont pas faits maison, principalement parce que les prescriptions alimentaires diffèrent selon les castes. Chaque jour, après le départ de leur mari, ces épouses confient le déjeuner qu’elles ont eu le temps de préparer à un livreur, le dabbawallah (de dabba, boîte, et wallah, celui qui fait), qui collecte ainsi des dizaines de boîtes dans son quartier, avant de s’en aller par le train. Chaque jour, ce sont donc des milliers de dabbawallahs qui, peu avant midi, débarquent dans les 3 principales gares de Bombay, et dispatchent les quelques 175,000 repas qui seront livrés à bon port. Chaque jour, chaque employé récupère son déjeuner à temps et tel qu’il l’attendait, avant de renvoyer les boîtes vides à leur domicile par le même réseau.

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Et le système est quasiment infaillible. Grâce à son organisation digne de celle d’une ruche, l’utilisation d’inscriptions très précises, et, forcément, un peu de magie, le taux d’erreur de cette grande entreprise est estimé à 1 pour 6 millions ! Les dabbawallahs ont même fait l’objet d’un cas d’étude par Harvard, tellement leur logistique est surprenante et impressionnante.

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Ce matin-là donc, à 11h30, nous nous sommes postées sur le parvis de la gare et avons observé le ballet des tiffins, l’autre nom donné aux boîtes en fer contenant les repas des mumbaikars. Un dabbawallah arrive, un plateau chargé de tiffins sur la tête, dépose son plateau, répartit les tiffins sur plusieurs groupes au sol selon une logique qui nous échappe, puis charge une charrette en s’en va livrer au bon moment les bons repas aux bonnes personnes. Et ainsi de suite pendant une heure, sous les objectifs des quelques touristes impressionnés dont nous faisions partie ce jour-là.

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